Quels sont les moyens employés pour faire de la sorcellerie (sihr) ?

les moyens utilisés pour faire la sorcellerie en Islam

La sorcellerie, désignée dans la langue arabe par le terme sihr (سحر), occupe une place redoutée et mystérieuse dans le domaine spirituel. Le mot « sihr » renvoie à ce qui est caché, dissimulé à la perception humaine. Dans la perspective islamique, il s’agit d’une réalité spirituelle et non d’un simple folklore : une pratique interdite et gravement pécheresse, car elle implique la collaboration avec des forces invisibles (djinns) ou l’usage d’objets occultes dans le but de nuire à autrui ou de manipuler la création d’Allah.

Le Coran condamne explicitement cette pratique :

« Et ils suivirent ce que les diables racontèrent contre le règne de Sulaymân. Or Sulaymân n’avait pas mécru, mais les diables, eux, ont mécru : ils enseignaient la sorcellerie aux gens… »
(Sourate Al-Baqarah, verset 102)

Comprendre les différents types de sorcellerie et les moyens utilisés permet de se prémunir, de reconnaître les signes et d’adopter une attitude conforme à la Sunna pour s’en protéger.

Qu’est-ce que la sorcellerie (Sihr) ?

Dans la terminologie islamique, le sihr désigne tout acte destiné à influencer une personne, un événement ou un environnement par des moyens occultes. Cette influence se fait souvent par l’intermédiaire des djinns, sollicités pour produire un effet nuisible ou trompeur.

Les savants distinguent deux dimensions :

  • Le sihr d’illusion, qui altère la perception de la réalité (comme les illusions visuelles).
  • Le sihr d’effet réel, qui agit concrètement sur le corps, le cœur ou la vie d’une personne.

La sorcellerie peut toucher la santé, les relations sociales ou conjugales, la réussite professionnelle, voire la vie elle-même. Elle se manifeste sous des formes multiples selon l’intention du sorcier et la cible visée.

Les principaux types de sorcellerie selon l’objectif

Avant d’examiner en détail les différentes formes de sihr, il est essentiel de comprendre comment les savants et les praticiens de la roqya légiférée les classifient.
Chaque type de sorcellerie poursuit un but précis : nuire à la santé, troubler le cœur, séparer des proches ou influencer la destinée d’une personne.
Cette catégorisation permet de mieux repérer les signes, d’identifier les causes spirituelles possibles et d’appliquer un traitement conforme à la charia.

Pour une présentation approfondie et des explications complémentaires, consultez également cet article détaillé sur les différents types de sorcellerie en Islam.

La sorcellerie de la maladie psychologique et physique

C’est la forme la plus répandue. Elle vise à affaiblir le corps ou l’esprit d’une personne. Les symptômes sont souvent inexpliqués médicalement : douleurs persistantes, maux de tête intenses, sensation de brûlure, troubles du sommeil, changements d’humeur, anxiété, perte d’énergie ou dépression soudaine.

Les sources évoquent plusieurs variantes :

  • Le sihr mangé ou bu : le sort est introduit par un aliment ou une boisson ensorcelée.
  • Le sihr piétiné : un objet porteur du mal est placé sous les pieds de la victime.
  • Le sihr déposé : le sort est enterré ou caché dans un lieu fréquenté par la cible.

Cette forme de sorcellerie touche la dimension tangible du croyant : son corps, son psychisme et son équilibre spirituel. Elle demande une vigilance et une roqya sérieuse fondée sur le Coran.

La sorcellerie de séparation (Sihr at-tafrîq)

L’un des objectifs les plus courants du sihr est de provoquer la rupture entre deux personnes.
Le Coran mentionne ce phénomène dans le verset :

« Ils enseignaient aux hommes ce qui provoque la séparation entre l’homme et son épouse »
(Al-Baqarah, 2 : 102)

La sorcellerie de séparation agit sur les émotions et les perceptions, provoquant :

  • Une haine soudaine entre conjoints.
  • Des disputes répétitives sans raison apparente.
  • Un rejet physique ou moral inexpliqué.
  • Une indifférence envers les proches.

Ce sihr peut aussi viser d’autres relations : parent-enfant, amis, associés, collègues. Son but est de détruire les liens d’affection et de stabilité que le croyant entretient dans sa vie.

La sorcellerie amoureuse (Sihr al-ʿatf ou Sihr al-maḥabba)

La sorcellerie amoureuse vise à manipuler les sentiments d’une personne.
Elle peut servir à :

  • Créer un attachement excessif ou une obsession.
  • Empêcher un mariage légitime.
  • Briser un couple ou détourner un conjoint.
  • Forcer une relation ou susciter une passion artificielle.

Dans ce type de sihr, le cœur devient la cible principale.
Les symptômes peuvent inclure : une attirance incontrôlable, un attachement irrationnel, des pensées répétitives ou une incapacité à se détacher d’une personne.

Ce type de sorcellerie constitue un grave danger spirituel, car il cherche à contrôler la volonté d’autrui et détourne le croyant de la confiance exclusive qu’il doit placer en Allah.

La sorcellerie de la mort

Parmi les formes les plus graves figure la sorcellerie de destruction ou de mort.
L’intention du sorcier est ici extrême : provoquer un accident, une maladie mortelle, ou des circonstances menant à la mort.

Ce type de sihr combine souvent plusieurs méthodes : un objet maudit, une invocation diabolique, et l’intervention d’un djinn chargé d’exécuter la mission.
Bien qu’elle soit rare, cette forme exige une protection spirituelle constante et une roqya immédiate lorsqu’elle est suspectée.

La sorcellerie auto-dirigée (pacte, réussite, protection)

Il existe enfin des cas où la personne cherche volontairement à utiliser le sihr pour obtenir quelque chose : réussite, pouvoir, richesse, protection, ou influence.
Ce phénomène s’apparente à un pacte spirituel avec une entité occulte, un djinn ou un shaytân.

Cette démarche constitue une transgression majeure, car elle implique :

  • Une forme d’association (shirk) : placer sa confiance ailleurs qu’en Allah.
  • Une désobéissance grave : utiliser des moyens interdits pour obtenir un bien.

La conséquence est spirituelle et morale : la personne s’expose à la perdition et à la domination des djinns qu’elle a sollicités.

Les moyens employés pour pratiquer la sorcellerie

Par ingestion – la sorcellerie mangée

Le sort peut être dissimulé dans de la nourriture, une boisson, ou un objet destiné à être avalé.
Une fois introduit dans l’organisme, il agit de l’intérieur : douleurs gastriques, sensation de chaleur, ballonnements, fatigue chronique, maladies récurrentes sans cause médicale.

Cette méthode est particulièrement pernicieuse car elle passe inaperçue. Le croyant doit veiller à sa pureté alimentaire et prononcer le nom d’Allah avant chaque repas.

Par dépôt ou enfouissement d’objet

Le sort peut être placé dans l’environnement de la victime : sous un tapis, dans un oreiller, derrière une porte, sous un seuil, ou enterré dans le jardin.
Ces objets contiennent souvent des nœuds, des symboles, ou des inscriptions occultes.

Les effets sont perceptibles : agitation dans la maison, bruits étranges, fatigue constante, rêves oppressants.
Une inspection spirituelle et physique du lieu peut révéler la présence d’un tel dépôt.

Par supports personnels : photo, vêtement, cheveux, amulette

Le sihr peut être lié à un objet appartenant à la victime : photo, vêtement, cheveux, morceau d’ongle, bijou, ou même un arbre planté à son nom.
L’objet agit comme un canal d’énergie par lequel le sort atteint la cible.

Certaines amulettes ou talismans contiennent des écritures illisibles, des symboles ou des lettres détournées du Coran. Ces objets doivent être détruits de manière islamique (en les brûlant après récitation de versets protecteurs, ou en les immergeant dans de l’eau coranisée).

Par l’intermédiaire des entités invisibles (djinns)

Beaucoup de sihr sont exécutés avec l’aide de djinns maléfiques. Le sorcier demande à ces entités d’agir contre la cible : provoquer une maladie, un blocage, une peur, ou une séparation.

Ce type de sorcellerie est complexe, car il n’existe parfois aucun objet matériel à retirer : le mal est spirituel, entretenu par la présence du djinn.
Dans ces cas, seule la roqya conforme à la Sunna (récitation du Coran, invocations, ablutions régulières) permet de neutraliser le sort.

Par emprise du cœur, de l’esprit ou des sens

Le sihr peut aussi viser les facultés internes : la mémoire, la concentration, la fertilité, la lucidité ou le désir.
Le croyant peut ressentir un blocage mental, une angoisse persistante, une incapacité à prier, ou une aversion pour le bien.

Ces effets résultent souvent d’un « nœud » spirituel ou énergétique. Ce type de sihr agit sans support visible, mais ses conséquences sont profondes.

Comment reconnaître un cas de sorcellerie ?

Plusieurs signes peuvent alerter :

  • Blocages répétés dans différents domaines (travail, mariage, études).
  • Troubles du sommeil, cauchemars, peurs sans cause apparente.
  • Maladies persistantes malgré les traitements.
  • Aversion pour la prière, la lecture du Coran ou les rappels religieux.
  • Sentiment d’oppression ou d’énergie négative dans la maison.

Ces manifestations exigent discernement et prudence : il convient d’écarter d’abord les causes médicales, puis de consulter un raqî qualifié pour un diagnostic conforme à la charia.

Premiers réflexes et précautions que vous devez avoir

Pour se protéger ou neutraliser un sihr, plusieurs étapes sont recommandées :

  1. Se réfugier en Allah et multiplier les invocations authentiques :


    « Aʿūdhu bi-kalimātillāhi at-tāmmāti min sharri mā khalaq »
    (Je cherche refuge dans les paroles parfaites d’Allah contre le mal de ce qu’Il a créé).

  2. Réciter les versets de protection :
    • Sourate Al-Fâtiha (1)
    • Ayat al-Kursî (2 : 255)
    • Les deux derniers versets d’Al-Baqarah (2 : 285-286)
    • Sourate Al-Ikhlâs (112), Al-Falaq (113), An-Nâs (114).
  3. Pratiquer les adhkâr du matin et du soir, en état de pureté.
  4. Éviter les talismans et les pratiques non légiférées.
  5. Maintenir la prière et le rappel d’Allah dans la maison.
  6. Demander l’aide d’un raqî compétent et pieux, sans recours à la divination.

Conclusion

La sorcellerie (sihr) est une réalité spirituelle sérieusement abordée par les savants de l’islam.
Ses formes sont variées : maladie, séparation, amour forcé, mort, ou auto-sorcellerie.
Ses moyens peuvent être matériels (ingestion, dépôt, objets) ou spirituels (djinns, emprise du cœur).

Face à ce mal invisible, le croyant doit demeurer lucide, ferme dans sa foi et constant dans la protection coranique.
La connaissance du sihr ne vise pas à susciter la peur, mais à renforcer la vigilance et la confiance en Allah.

« Et quiconque place sa confiance en Allah, Il lui suffit. »
(Sourate At-Talaq, verset 3)

Qu’Allah protège chaque croyant de tout mal visible ou invisible, et accorde la guérison à ceux qui en souffrent.


اللهم اشفِ مرضانا، واحفظنا من كل سحرٍ وحسدٍ وعينٍ. آمين.

Questions fréquentes — Sorcellerie (Sihr) & Roqya

Les formes les plus citées : sihr de la maladie (physique/psychique), sihr de séparation (at-tafrîq), sihr amoureux (al-ʿatf/maḥabba), sihr de mort et sihr auto-dirigé (pacte, “réussite”, “protection”). Toutes sont interdites et dangereuses pour la foi.

Blocages répétés (travail, mariage, études), douleurs ou troubles sans cause médicale, cauchemars, aversion pour la prière/Coran, conflits soudains entre proches, oppression à la maison. Toujours écarter d’abord les causes médicales et psychologiques.

Par ingestion (nourriture/boisson), dépôt (objet enterré/caché), supports personnels (photo, vêtement, cheveux, talisman) et intervention de djinns. Il peut aussi viser directement le cœur/l’esprit (obsession, anxiété, blocage).

Réciter Al-Fâtiha, Ayat al-Kursî (2:255), les 2 derniers versets d’Al-Baqarah (2:285-286), Al-Ikhlâs (112), Al-Falaq (113), An-Nâs (114) — matin et soir. Invocation : « أَعُوذُ بِكَلِمَاتِ اللَّهِ التَّامَّاتِ مِنْ شَرِّ مَا خَلَقَ ».

Oui. La roqya conforme à la Sunna peut être pratiquée sur soi : récitation, souffle léger, mains sur la tête/zone douloureuse, adhkâr du matin/soir, prière régulière. En cas de difficulté, consulter un raqî fiable (aqîda saine, pas de talisman, pas de devination).

Ne pas paniquer. Protéger l’endroit, réciter des versets protecteurs, manipuler avec précaution (gants), détruire islamicament (ex. immersion dans de l’eau coranisée, ou brûlage prudent) selon l’avis des gens de science, puis assainir le lieu par la récitation et la prière.

Assiduité aux cinq prières, ablutions, adhkâr matin/soir, lecture de Al-Baqarah à la maison, basmala avant de manger/entrer, vigilance sur les objets personnels, aucun talisman, pas de voyance, confiance totale en Allah.

Répulsion soudaine entre conjoints, disputes sans raisons, rejet physique/moral, froideur injustifiée, paroles blessantes inhabituelles, désir de rupture persistant. Renforcer la roqya, multiplier les invocations et la lecture du Coran à domicile.

Éviter talisman, pacte, amulette, magie “blanche”, charlatanisme, mélange illicite de pratiques, musique durant la roqya, et exposition excessive de la vie privée. La guérison vient d’Allah seul.

Aucune durée fixe. Tout dépend de la permission d’Allah, de la constance dans la roqya, de la piété, de l’éloignement des péchés et de l’éventuelle présence d’objets/soutiens occultes. Persévérance et tawakkul sont essentiels.

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